TiSA - TAFTA… Nous sommes confrontés à un choix de société


«La société, ça n’existe pas» proclamèrent Reagan et Thatcher dans les années 80. Selon eux, le monde ne serait rien de plus qu’un magma d’individus se battant pour leur intérêt personnel. Le stade suprême du négationnisme social était ainsi atteint. «Du verbiage» dirent certains. Non, c’était une prophétie que les globalisateurs financiers allaient méthodiquement mettre en œuvre. Ils se déclarèrent tous hors société, pour ne considérer que le capital et ses profits. A l’époque personne ne crut qu’une nouvelle ère s’ouvrait : le négationnisme social était né sous les traits du libéralisme, le renard libre parmi les poulets libres. En fait une guerre contre le bien commun.


Une première mobilisation payante
Dans les années 90, à Seattle, aux Etats-Unis, les mobilisations massives contre l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) essayant de vendre une première mouture de libéralisation des flux commerciaux provoqua la déroute des négociations et des négociateurs barricadés dans leur 5 étoiles. Cela ouvrit un important processus de luttes, jusqu’à un quasi blocage des tractations. Le mouvement syndical et celui des paysans avaient marqué les mobilisations de leur sceau. On pensait avoir gagné, c’est-à-dire que même de mauvaise grâce les négationnistes sociaux obsédés de libéralisme avaient compris que nous ne voulions pas de leur monde.


En plein répit, la crise change la donne
Ce n’était qu’un répit vite interrompu par la crise des subprimes en 2007, suivi du krach financier en 2008. Nous croyions alors le monde de la finance groggy pour un bon bout de temps. Et bien non ! Dès que les banques ont été sauvées à coups de milliers de milliards de dollars, les banquiers se sont retournés contre leurs sauveteurs, les Etats. Ceux-ci durent s’endetter, massivement, en reprenant à leur compte les avoirs pourris des banques. Ils se retrouvèrent à leur tour fortement endettés auprès des banques qu’ils avaient sauvées. Les banquiers concernés renégocièrent durement ces dettes, exigèrent des mesures d’assainissement, essentiellement le blocage et le laminage des programmes sociaux.


Qui paie ?
Nous tous et toutes bien sûr, les contribuables qui, soi-disant, bénéficient de retraites trop somptueuses, de services de santé plus qu’onéreux, d’un enseignement gratuit destiné à des hordes de fainéants, de conditions de travail sur réglementées et favorisant la paresse et l’absentéisme. Plus nous payerons, plus il faudra payer… les plus pauvres paient le plus lourd tribut : un chômage massif, des retraites amputées, des primes maladies s’envolant, des salaires bloqués, des horaires de travail allongés et flexibilisés, des allocations chômage réduites à leur plus simple expression, des aides laminées pour les personnes arrivant au bout de leurs droits. Les peuples d’Espagne, de Grèce, du Portugal, d’Irlande, d’Italie peuvent en dire quelque chose. Les autres sont dans le collimateur. Tout est trop cher pour nous, rien n’est trop beau pour les super friqués !


Les libéraux insatiables, les droites extrêmes attendent leur tour
Mais ça ne suffit pas, les libéraux sont insatiables. Tout ce qui ressemble à du bien commun est en voie de privatisation. Les droites extrêmes sont dans les startingblocks pour finir le travail, elles materont les peuples, si nécessaire. Pourquoi ne les entendons-nous pas sur autre chose que les haines raciales alors que ce qui reste des patrimoines sociaux des peuples risque de tomber dans l’escarcelle des firmes supranationales ?


Des traités, «en veux-tu, en voilà !»
Les «négociations» sur la libéralisation totale des échanges reprennent en effet sous d’autres augures et d’autres égides. Les augures, ce sont des peuples que des privations de tout genre ont déjà épuisés. Les égides, ce sont les Etats-Unis d’Amérique qui mettent leur super impérialisme au service de la bourgeoisie supranationale plus hors contrôle que jamais et qui coordonnent l’offensive. Il faut bien laver l’affront subi dix ans plus tôt ! TiSA, TAFTA, CETA couvrent le monde entier, mais ils sont tous américains. Ils se ressemblent comme des frères triplés. Si l’un ne marche pas, l’autre s’y substituera. Les guerres n’ont pas marché comme désiré, et elles sont bruyantes… Le temps des négociations top secrètes est arrivé. C’est anti démocratique, bien sûr, mais c’est efficace. La fin justifie tous les moyens ! Et la fin en question, c’est une galette de plus de 10'000 milliards de dollars. Une galette qui échappe encore aux profiteurs. Les USA jouent franc jeu, comme d’habitude ils proclament leur but et imposent leurs diktats. Ce n’est pas le cas des autres, la Suisse par exemple, qui doit contourner sa démocratie dite «directe». Elle susurre qu’elle ne négocie rien de nouveau, seulement ce qu’elle n’avait pas pu négocier il y a plus de 10 ans. Cela ne l’empêche pas d’avoir en point de mire la privatisation de nombreux services, y compris des services publics essentiels comme la santé et l’instruction. Elle profitera de la moindre inattention pour les brader aux plus forts.


Quelques gourmandises tirées des menus TiSA, TAFTA et CETA
Des tribunaux privés… et bidons
Pour régler les conflits les tribunaux traditionnels sont remplacés par une «instances privée d’arbitrage international composée de trois avocats d’affaire». La «neutralité» des juges est garantie puisqu’en 20 ans
Le Canada a été attaqué 30 fois par des firmes privées américaines, il a été condamné 30 fois.
Le Mexique a été attaqué 5 fois par des firmes américaines, il a perdu 5 fois.
Aucune des 22 plaintes déposées contre des firmes américaines n’ont abouti.


Sans commentaires !
Pas de retour en arrière
Le traité TiSA prévoit une clause "cliquet". Tout ce qui n’est pas expressément public est privé, et tout ce qui a été privatisé ne pourra plus "jamais" être rendu au domaine public. Qui peut croire un instant que les peuples accepterons durablement pareille arrogance et intimidation !


Les enfants de riches subventionnés
Les écoles et les cliniques privées devront nécessairement être subventionnées comme les hôpitaux et écoles publiques… Ainsi les parents fortunés qui envoient leurs enfants dans des écoles privées économiseront l’équivalent du montant versé aux écoles publiques pour les enfants de parents non fortunés. Le résultat sera des études encore moins accessibles aux enfants de pauvres.
TiSA, TAFTA, CETA, autant d’expressions d’un nouveau négationnisme social